Tu organises un salon professionnel ou une foire commerciale, et tu te retrouves face à une montagne de déchets qui semble pousser comme par magie à chaque édition. Cartons, films plastique, chutes de bois, moquettes, bouteilles en verre, gobelets, flyers… le cocktail est explosif. Pourtant, une solution simple et efficace existe : le tri sélectif à 5 flux. Depuis le 1er juillet 2016, le décret 5 flux impose à toutes les structures professionnelles de trier à la source leurs déchets de papier, métal, plastique, verre et bois. Et depuis le 1er janvier 2024, le tri des biodéchets est également devenu obligatoire. Alors comment déployer un dispositif de tri complet qui tienne la route pendant le montage, le salon lui-même et le démontage ? Je te propose un guide pratique, issu de mon expérience de terrain, pour transformer cette contrainte réglementaire en un véritable atout pour ton événement.
Pourquoi le tri 5 flux est indispensable sur un salon professionnel
Avant d’entrer dans le vif du sujet, prenons un instant pour comprendre l’enjeu. Un salon professionnel, c’est une petite ville éphémère qui s’installe en quelques jours et disparaît tout aussi vite. Et comme toute ville, elle produit des déchets. Beaucoup de déchets. Les phases de montage génèrent essentiellement des déchets de construction : bois, carton, plastique d’emballage, métal. Pendant le salon, ce sont plutôt les déchets des visiteurs et des exposants qui s’accumulent : gobelets, emballages alimentaires, flyers, bouteilles. Enfin, le démontage est le moment critique où tout s’accélère : stands démontés, moquettes roulées, matériaux abandonnés… C’est à ce moment que les volumes explosent.
Un dispositif de tri sélectif 5 flux bien pensé permet non seulement de respecter la réglementation, mais aussi de réduire considérablement le volume de déchets envoyés en décharge ou à l’incinération. Et crois-moi, les organisateurs qui maîtrisent ce sujet en retirent un bénéfice d’image considérable. Comme le souligne un professionnel du secteur : « Un événement qui soigne sa gestion des déchets, c’est un événement qui soigne sa réputation. »
Les 5 flux : de quoi parle-t-on exactement ?
Le tri 5 flux, c’est le fait de séparer les déchets en cinq catégories distinctes :
- Le papier et le carton : flyers, brochures, cartons d’emballage, affiches.
- Le plastique : bouteilles, gobelets, films de protection, sacs.
- Le métal : canettes, structures métalliques, câbles, petits composants.
- Le verre : bouteilles, pots, flacons.
- Le bois : palettes, caisses, structures en bois, chutes de découpe.
À ces cinq flux s’ajoute aujourd’hui, depuis 2024, une sixième catégorie obligatoire : les biodéchets (restes alimentaires, épluchures, serviettes en papier souillées). Certains événements vont même jusqu’à intégrer un flux spécifique pour les déchets dangereux (peintures, solvants, batteries) ou les mégots.
L’idée est simple : plus le tri est fait en amont, plus la valorisation est efficace. Et plus la valorisation est efficace, moins l’impact environnemental est lourd.
Phase 1 : Le montage – anticiper pour mieux trier
C’est la phase la plus critique, et pourtant la plus négligée. Pourtant, c’est là que tout se joue.
Anticiper en amont du salon
Mon conseil d’expert : ne commence jamais le montage sans avoir défini ta stratégie de tri. Voici ce que je te recommande de faire au moins trois semaines avant l’événement :
- Faire un état des lieux des déchets prévisibles : quels matériaux seront utilisés par les exposants ? Quels types d’emballages ? Quelle restauration sera proposée ?
- Sélectionner un ou plusieurs prestataires de collecte spécialisés dans le tri 5 flux.
- Définir l’emplacement des points de tri : ils doivent être stratégiques, accessibles et visibles.
Installer les équipements de tri
Sur le parc des expositions où j’ai déployé ce dispositif, nous avons installé des stations de tri mobiles dès le premier jour du montage. Ces stations, composées de cinq bacs clairement identifiés, sont placées :
- À chaque entrée de hall
- Près des zones de livraison et de stockage des matériaux
- Dans les allées principales, à intervalles réguliers
Les contenants doivent être adaptés au volume de déchets générés. Pour les zones de montage, privilégie des bennes de grande capacité pour le bois et le carton, et des bacs plus petits pour le plastique et le métal.
Sensibiliser les équipes de montage
C’est un point que je ne peux pas assez insister. Les équipes de montage sont en première ligne. Elles manipulent des cartons, des palettes, des films plastique… Si elles ne sont pas formées, tout finira mélangé dans la même benne.
Je mène systématiquement des sessions de sensibilisation de 15 minutes au début de chaque journée de montage. Je montre concrètement ce qui va où, et je distribue des guides visuels à coller sur chaque point de tri. Un responsable de chantier témoigne : « Depuis qu’on a mis en place ces petites formations, le taux de tri a explosé. Les gars sont fiers de bien faire. »
La signalétique : ton meilleur allié
Une signalétique claire et intuitive est indispensable. Évite les consignes trop techniques. À la place, utilise des pictogrammes et des photos des déchets les plus courants. Par exemple :
- Une photo de carton pour le flux papier/carton
- Une photo de bouteille en plastique pour le plastique
- Une photo de canette pour le métal
Et n’oublie pas : les points de tri doivent être visibles et accessibles. S’ils sont trop éloignés ou difficiles à repérer, les équipes auront tendance à jeter n’importe où.
Phase 2 : Le salon – maintenir le cap
Le salon est ouvert, les visiteurs affluent, les exposants animent leurs stands. C’est le moment où le tri sélectif est le plus exposé au regard du public. Une gestion des déchets exemplaire, c’est une vitrine RSE extraordinaire.
Des points de tri pour les visiteurs
Pendant le salon, les déchets changent de nature. Fini le bois et les cartons d’emballage : place aux gobelets, bouteilles, emballages alimentaires, flyers et goodies.
J’installe systématiquement des îlots de tri dans les zones stratégiques :
- Près des espaces de restauration : c’est là que se concentrent les biodéchets et les emballages.
- À la sortie des conférences : les visiteurs y jettent leurs flyers et gobelets.
- Dans les allées principales : des stations tous les 30 à 50 mètres.
Des ambassadeurs du tri
Depuis quelques années, je fais appel à des ambassadeurs du tri – des équipes en gilets fluo qui circulent dans les allées pour guider les visiteurs et les exposants. Leur rôle est simple : rappeler les consignes, aider à jeter correctement, et même collecter les déchets mal orientés. L’expérience montre que leur présence augmente significativement la qualité du tri.
Comme me l’a confié un organisateur : « Les ambassadeurs, c’est le petit plus qui fait la différence. Les visiteurs sont beaucoup plus attentifs quand ils voient quelqu’un sur le terrain. »
Gérer les flux en temps réel
Pendant le salon, il faut surveiller en continu le remplissage des bacs. Un point de tri saturé, c’est un point de tri qui déborde et où tout se mélange. Je prévois donc des tournées de collecte régulières : deux fois par jour minimum, et plus si nécessaire.
Pour les biodéchets, attention : ils doivent être collectés quotidiennement pour éviter les mauvaises odeurs et les nuisances.
Impliquer les exposants
Les exposants sont des acteurs clés du tri pendant le salon. Je leur fournis à chacun un kit de tri : des petits sacs de couleur pour chaque flux, une affiche à coller sur leur stand, et une fiche rappel des consignes. Certains salons vont même jusqu’à prévoir des bacs individuels pour chaque stand.
Et surtout, je les encourage à réduire leurs déchets à la source : privilégier les goodies durables, éviter les emballages plastiques, utiliser des flyers en papier recyclé.
Phase 3 : Le démontage – le moment le plus décisif
C’est LE moment critique. Les statistiques montrent que la majorité des déchets est générée pendant le démontage. Stands déconstruits, moquettes retirées, matériaux abandonnés, emballages laissés sur place… le volume est impressionnant.
Un dispositif de tri renforcé
Pendant le démontage, je renforce le dispositif. Les stations de tri mobiles sont repositionnées aux endroits stratégiques : près des zones de démontage, à proximité des quais de chargement, dans les allées principales.
Je prévois également des bennes supplémentaires pour le bois et le carton, qui représentent l’essentiel des déchets de démontage. Et j’ajoute des points de collecte spécifiques pour la moquette et les éléments difficiles à trier.
Une collecte organisée et centralisée
À PROVADA 2025, l’équipe organisatrice a mis en place une coordination centralisée de la collecte des déchets pendant le démontage. Le résultat ? Une augmentation de 67 % du taux de recyclage du papier/carton et de 144 % pour le verre. C’est la preuve que l’organisation paye.
Je recommande de désigner un responsable du tri pour chaque hall, qui coordonne les équipes de collecte et s’assure que chaque flux est bien séparé. Ce responsable est également l’interlocuteur privilégié des prestataires de collecte.
L’importance du « pack in, pack out »
Un principe que j’applique systématiquement : ce qui entre dans le salon doit pouvoir en ressortir. Autrement dit, chaque exposant est responsable de ses déchets. Je leur demande de :
- Utiliser des caisses réutilisables en fibre ou en bois
- Éviter les emballages plastiques pour les palettes
- Réutiliser autant que possible les matériaux d’emballage (palettes, cartons)
Et surtout, ne rien abandonner sur le stand. Tout doit être trié, collecté, et évacué proprement.
La sensibilisation des équipes de démontage
Comme pour le montage, les équipes de démontage doivent être formées. Mais avec une nuance : le rythme est beaucoup plus soutenu, la fatigue s’installe, et la tentation de tout jeter en vrac est grande.
Je mène donc des rappels quotidiens : 5 minutes le matin pour réitérer les consignes, et des contrôles réguliers tout au long de la journée. Et je n’hésite pas à féliciter les équipes qui trient bien – un petit mot, un café offert, ça motive !
Les bonnes pratiques à retenir
Après des années à déployer des dispositifs de tri sélectif sur des salons de toutes tailles, voici mes 10 commandements :
- Anticipe : tout se joue avant le salon.
- Forme : des équipes formées, c’est un tri réussi.
- Simplifie : des consignes claires, des pictogrammes, pas de jargon.
- Positionne : des points de tri visibles et accessibles partout.
- Adapte : les flux changent entre montage, salon et démontage.
- Collecte : des tournées régulières pour éviter les débordements.
- Implique : les exposants sont des partenaires du tri.
- Communique : une signalétique forte, des ambassadeurs sur le terrain.
- Mesure : suis les volumes de chaque flux pour améliorer d’année en année.
- Valorise : mets en avant tes résultats RSE, c’est bon pour l’image.
Le dialogue avec un expert
Moi : « Dis-moi, Marc, après 15 ans dans l’événementiel, quel est ton plus grand défi sur le tri 5 flux ? »
Marc, directeur d’un parc des expositions : « Sans hésiter, le démontage. Les gens sont pressés, fatigués, ils veulent rentrer chez eux. Alors ils jettent tout pêle-mêle. Mais on a trouvé la solution : on met des équipes de trieurs sur chaque benne. Ils contrôlent ce qui est jeté et ils redirigent si besoin. Depuis qu’on fait ça, on a divisé par trois le volume de déchets résiduels. »
Moi : « Et pour le montage, quel est ton conseil ? »
Marc : « Un seul mot : la signalétique. Pas des textes, des images. Une photo d’un carton, une photo d’une bouteille en plastique. Les gars comprennent en un coup d’œil. Et puis, le petit détail qui change tout : des bacs de couleurs différentes. Rouge pour le bois, jaune pour le carton, bleu pour le plastique… Ça paraît bête, mais ça marche. »
Les pièges à éviter
Je te mets en garde contre quelques écueils classiques :
- Le piège du « tout dans une seule benne » : Oui, la réglementation autorise de regrouper les 5 flux dans une seule benne à condition qu’ils soient séparés des autres déchets. Mais dans la pratique, c’est la porte ouverte aux mélanges. Je déconseille vivement.
- Le piège de la signalétique trop technique : « Emballages plastiques recyclables vs non recyclables »… personne ne comprend. Reste simple.
- Le piège de l’absence de suivi : Installe des points de tri et oublie… mauvaise idée. Il faut un suivi quotidien, des ajustements, des rappels.
- Le piège du « on a toujours fait comme ça » : Les réglementations évoluent, les attentes des visiteurs aussi. Adapte-toi.
Déployer un dispositif complet de tri sélectif à 5 flux sur un salon professionnel, ce n’est pas une contrainte. C’est une opportunité. Une opportunité de réduire ton empreinte environnementale, de valoriser ton image de marque, de fidéliser des exposants de plus en plus sensibles à ces enjeux, et de faire la différence dans un secteur où la durabilité devient un critère de choix.
Ce que j’ai appris au fil des années, c’est que le tri, ça ne s’improvise pas. Ça se prépare, ça se déploie, ça s’anime. Chaque phase – montage, salon, démontage – a ses spécificités, ses défis, ses solutions. Et chaque acteur – organisateurs, exposants, visiteurs, prestataires – a un rôle à jouer.
Alors oui, ça demande un peu d’organisation. Oui, ça mobilise des équipes. Oui, ça coûte un peu d’argent (mais beaucoup moins qu’une amende pour non-respect du tri 5 flux, je te rassure). Mais le jeu en vaut la chandelle. Parce qu’un salon qui trie, c’est un salon qui pense à demain. C’est un salon qui respecte ses visiteurs, ses exposants, et la planète. C’est un salon qui donne l’exemple.
Alors, prêt à relever le défi ? Prêt à transformer tes montagnes de déchets en ressources ? Prêt à faire de ton prochain salon un événement zéro déchet ? La route est longue, mais chaque pas compte. Et je te promets que le jour où tu verras tes bennes de tri partir vers les filières de recyclage, tu ressentiras une fierté immense.
« Trier aujourd’hui, c’est exposer demain. »
Et si tu doutes encore, souviens-toi de cette phrase d’un vieux briscard du métier : « Un salon sans tri, c’est comme un stand sans produit : ça ne sert à rien. »
Allez, à toi de jouer. Et si tu as besoin d’un coup de main, tu sais où me trouver.
FAQ – Foire aux questions
Q : Le tri 5 flux est-il obligatoire pour tous les salons professionnels ?
R : Oui, depuis le 1er juillet 2016, le décret 5 flux impose à toutes les structures professionnelles de trier à la source leurs déchets de papier, métal, plastique, verre et bois. Depuis le 1er janvier 2024, le tri des biodéchets est également obligatoire.
Q : Quels sont les 5 flux exactement ?
R : Le papier/carton, le plastique, le métal, le verre et le bois. Certains événements ajoutent des flux supplémentaires comme les biodéchets, les déchets dangereux ou les mégots.
Q : Comment choisir ses prestataires de collecte ?
R : Privilégie des prestataires spécialisés dans le tri 5 flux, qui proposent des bennes adaptées à chaque type de déchet et qui garantissent une traçabilité des filières de recyclage.
Q : Que faire si un exposant ne respecte pas le tri ?
R : Prévois des pénalités dans le contrat d’exposant. Certains salons facturent un supplément si les déchets ne sont pas correctement triés. Mais la pédagogie reste la meilleure approche.
Q : Comment gérer les biodéchets sur un salon ?
R : Installe des points de collecte spécifiques près des zones de restauration. Les biodéchets doivent être collectés quotidiennement pour éviter les odeurs. Ils peuvent être valorisés en compost ou en énergie.
Q : Quelles sont les bonnes pratiques pour réduire les déchets à la source ?
R : Privilégie les matériaux réutilisables (stands modulaires, moquette louée), évite les emballages plastiques, utilise des flyers en papier recyclé, et encourage les goodies durables.
