Le secteur des salons professionnels et foires internationales se trouve à un tournant historique. Alors que les enjeux climatiques s’imposent comme une priorité absolue, les organisateurs d’événements B2B sont confrontés à une question cruciale : comment réduire l’empreinte carbone de leurs manifestations tout en préservant leur attractivité et leur rentabilité ? La réponse réside dans l’élaboration d’une trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) sur 3 à 5 ans, une feuille de route stratégique qui permet de transformer progressivement un salon en un événement bas carbone. Dans cet article, je vous propose de découvrir comment construire cette trajectoire, étape par étape, en m’appuyant sur les retours d’expérience des acteurs les plus avancés du secteur et sur les outils concrets à votre disposition. Que vous soyez organisateur, exposant ou prestataire, ce guide pratique est votre boîte à outils pour faire de la décarbonation un levier de performance et de différenciation.
🌍 Pourquoi une trajectoire de réduction des GES est devenue indispensable
Avant de plonger dans le vif du sujet, prenons un instant pour comprendre pourquoi cette question est si pressante. L’industrie des salons professionnels génère une empreinte carbone considérable, principalement liée aux déplacements des participants, à la construction des stands, à la consommation énergétique et à la production de déchets. Selon les données du secteur, un salon de taille moyenne peut émettre plusieurs milliers de tonnes équivalent CO₂. Face à l’urgence climatique, les exposants comme les visiteurs sont de plus en plus exigeants : ils attendent des organisateurs qu’ils s’engagent concrètement dans une démarche de développement durable.
Les salons professionnels qui intègrent une stratégie de réduction des émissions renforcent leur image de marque, attirent de nouveaux partenaires et répondent aux exigences réglementaires croissantes. Comme le souligne l’engagement RSE de Promosalons, « face aux défis environnementaux, sociaux et économiques et à l’urgence d’agir, l’industrie événementielle et les salons professionnels internationaux en particulier, ont une responsabilité partagée ». C’est dans ce contexte que s’inscrit la nécessité de définir une trajectoire de réduction des GES sur 3 à 5 ans.
🔍 Étape 1 : Réaliser un bilan carbone complet de votre salon
La première étape pour définir une trajectoire de réduction des émissions consiste à connaître précisément votre point de départ. Sans un bilan carbone fiable, impossible de fixer des objectifs pertinents ou de mesurer vos progrès. Je vous recommande de suivre une méthodologie reconnue, comme celle proposée par l’ISO 14067 pour la quantification de l’empreinte carbone des événements.
Les trois scopes à analyser
Pour un salon professionnel, les émissions se répartissent généralement en trois catégories :
- Scope 1 : émissions directes (gaz des véhicules de service, groupes électrogènes, etc.)
- Scope 2 : émissions indirectes liées à l’énergie (électricité, chauffage, climatisation des halls)
- Scope 3 : autres émissions indirectes (déplacements des participants, transport des marchandises, fabrication des stands, hébergement, restauration, déchets)
C’est sur le Scope 3 que se joue l’essentiel de l’impact carbone d’un salon, les déplacements représentant souvent plus de 70 % des émissions totales. Une fois ce diagnostic réalisé, vous disposez d’une base de référence pour construire votre trajectoire de réduction.
L’importance de la transparence
Je vous conseille de publier les résultats de votre bilan carbone, comme le font désormais les acteurs les plus transparents du secteur. Cette démarche renforce la confiance de vos parties prenantes et vous engage publiquement sur votre feuille de route.
🗺️ Étape 2 : Fixer des objectifs de réduction ambitieux mais réalistes
Une fois votre bilan carbone établi, il est temps de définir votre trajectoire de réduction des émissions de GES sur 3 à 5 ans. L’ambition doit être à la hauteur des enjeux, mais elle doit aussi rester réaliste pour être tenable.
S’inspirer des références du secteur
De nombreux acteurs du secteur des salons professionnels ont déjà tracé leur voie. Le groupe MCH, par exemple, a développé le framework DARE : Décarboniser, Accélérer, Repenser, Autonomiser, avec pour objectif de réduire de 50 % ses émissions Scopes 1 et 2, et de 20 % son Scope 3 d’ici 2030. Le Thailand Convention & Exhibition Bureau (TCEB) a quant à lui annoncé un objectif quinquennal de réduction des émissions pour les événements, après avoir réduit et évité près de 2 446 tonnes équivalent CO₂ sur 232 événements au cours de l’exercice 2025.
Proposer des objectifs intermédiaires
Pour une trajectoire de réduction des GES sur 3 à 5 ans, je vous suggère de structurer votre plan autour d’objectifs annuels progressifs. Par exemple :
- Année 1 : réduction de 5 % des émissions totales
- Année 2 : réduction de 10 %
- Année 3 : réduction de 20 %
- Année 4 : réduction de 30 %
- Année 5 : réduction de 50 %
Ces chiffres sont indicatifs et doivent être adaptés à votre situation. L’essentiel est de démontrer une ambition croissante et de communiquer régulièrement sur vos avancées.
🛠️ Étape 3 : Identifier les leviers d’action prioritaires
Pour atteindre vos objectifs, vous devez identifier les leviers d’action les plus efficaces. Voici les principaux axes sur lesquels agir pour réduire l’empreinte carbone de votre salon.
1. Optimiser la mobilité des participants
Les déplacements étant la principale source d’émissions, c’est le levier numéro un. Plusieurs solutions s’offrent à vous :
- Promouvoir les modes de transport bas carbone : incitez vos visiteurs et exposants à privilégier le train, le covoiturage ou les véhicules électriques.
- Faciliter l’accès aux transports en commun : choisissez des sites bien desservis et proposez des navettes électriques.
- Développer le format hybride ou virtuel : comme le souligne Ultiplace, « les salons virtuels réduisent considérablement l’empreinte carbone en évitant les déplacements, l’hébergement et les trajets ». Une étude de MeetGreen montre qu’un événement virtuel peut réduire l’empreinte carbone de 99 % par rapport à un événement physique.
2. Repenser la construction des stands
La construction des stands est un poste d’émissions majeur. Je vous recommande d’encourager vos exposants à adopter des pratiques durables :
- Stands modulaires et réutilisables : privilégiez les structures démontables et réemployables.
- Matériaux certifiés : exigez du bois FSC, des graphiques sur PET et des matériaux recyclés.
- Conception pour le démontage : pensez dès la conception à la fin de vie du stand.
- Suivi carbone : mettez en place des outils de mesure pour que chaque exposant puisse évaluer l’impact de son stand.
Comme le montre l’exemple du CES 2026, une approche durable de la conception des stands a permis de réaliser « une réduction estimée à 20 % de l’empreinte carbone et 21 % de réduction des coûts au mètre carré ». La réduction d’impact et la réduction des coûts vont de pair !
3. Maîtriser la consommation énergétique
L’énergie est un autre poste clé. Pour réduire les émissions de GES liées à l’énergie :
- Utilisez des sources d’énergie renouvelables : solaire, éolienne, hydroélectrique.
- Optimisez la gestion thermique : maintenez une température raisonnable dans les halls (70-72°F).
- Équipez-vous d’un éclairage LED basse consommation.
- Mesurez et suivez votre consommation énergétique en temps réel.
4. Réduire les déchets et promouvoir l’économie circulaire
Les salons professionnels génèrent des quantités considérables de déchets. Pour y remédier :
- Supprimez les plastiques à usage unique : remplacez les bouteilles d’eau par des fontaines, les couverts jetables par du réutilisable ou du compostable.
- Numérisez les supports : remplacez les magazines imprimés par des QR codes.
- Proposez une restauration durable : privilégiez les produits locaux, de saison et biologiques, et évitez les emballages jetables.
- Adoptez la philosophie des « 8 R » : Repenser, Refuser, Réduire, Réutiliser, Réparer, Remettre à neuf, Repurposer et Recycler.
5. Sensibiliser et former
La trajectoire de réduction des émissions ne peut réussir sans l’adhésion de toutes les parties prenantes. Je vous encourage à :
- Former vos équipes aux enjeux de la décarbonation.
- Informer vos exposants sur les bonnes pratiques à adopter.
- Sensibiliser vos visiteurs à l’importance de leurs choix.
- Partager vos réussites et vos difficultés pour créer une dynamique collective.
📈 Étape 4 : Mettre en place un système de suivi et d’évaluation
Une trajectoire de réduction des GES ne vaut que par sa mise en œuvre et son suivi. Je vous recommande de :
- Mesurer vos émissions à chaque édition pour suivre l’évolution.
- Comparer vos résultats à vos objectifs.
- Ajuster votre stratégie en fonction des écarts constatés.
- Communiquer publiquement sur vos progrès (ou vos difficultés).
Des initiatives comme « Better Stands » ou les outils de mesure de l’empreinte carbone se généralisent dans le secteur. N’hésitez pas à vous en inspirer.
💬 Dialogue avec un expert : les clés d’une trajectoire réussie
— Bonjour Claire, tu es consultante en stratégie bas carbone pour les salons professionnels. Quels sont, selon toi, les ingrédients d’une trajectoire de réduction des GES réussie sur 3 à 5 ans ?
Claire : — Merci pour cette question. D’abord, je dirais qu’il faut absolument éviter l’écueil du « greenwashing ». Une trajectoire crédible, c’est une trajectoire qui repose sur des données solides et des objectifs vérifiables. Ensuite, il est essentiel d’associer l’ensemble des parties prenantes dès le départ : les exposants, les prestataires, les visiteurs, mais aussi les collectivités locales.
— Et concrètement, par où commencer ?
Claire : — Par le bilan carbone, c’est non négociable. Ensuite, je conseille de se concentrer sur les leviers les plus impactants : la mobilité et les stands. Ce sont les deux postes qui représentent le plus gros des émissions. Enfin, je recommande de fixer des objectifs annuels progressifs, avec des jalons clairs. Une trajectoire sur 5 ans, c’est bien, mais il faut des étapes intermédiaires pour maintenir la dynamique.
— Un dernier conseil ?
Claire : — Oui : n’ayez pas peur de l’ambition ! Les entreprises et les visiteurs sont de plus en plus sensibles à ces enjeux. Un salon qui affiche une vraie stratégie de réduction des émissions, c’est un salon qui attire et qui fidélise. Et puis, comme je le dis toujours : « Un salon bas carbone, c’est un salon qui a de l’avenir ! »
📦 Boîte à outils : les ressources pour construire votre trajectoire
Pour vous aider à passer à l’action, voici une sélection d’outils et de bonnes pratiques :
- Calcul d’empreinte carbone : utilisez des calculateurs spécialisés pour quantifier l’impact de votre événement.
- Guides de bonnes pratiques : inspirez-vous des démarches RSE des acteurs reconnus, comme Promosalons, qui s’engage dans une « démarche RSE volontaire, qui lui permet à la fois d’impliquer ses collaborateurs dans la problématique et de répondre aux attentes de ses adhérents ».
- Plateformes virtuelles et hybrides : des solutions comme Ultiplace permettent de « réduire considérablement l’empreinte carbone des salons professionnels » tout en offrant une expérience immersive.
- Certifications : visez des labels comme l’ISO 14067 pour crédibiliser votre démarche.
- Réseaux et partage d’expérience : rejoignez des initiatives comme le « Low Carbon Tour » qui « mobilise les acteurs de la décarbonation ».
🙋 FAQ – Vos questions sur la trajectoire de réduction des GES
Q : Est-il réaliste de viser une réduction de 50 % des émissions en 5 ans ?
R : Oui, à condition de mobiliser tous les leviers : mobilité, stands, énergie, déchets. Des acteurs comme le groupe MCH visent 50 % de réduction sur les Scopes 1 et 2 d’ici 2030. Tout dépend de votre point de départ et de votre capacité d’investissement.
Q : Comment convaincre les exposants de participer à cet effort ?
R : En leur montrant les bénéfices : réduction des coûts, amélioration de l’image de marque, attractivité accrue. L’exemple du CES 2026 montre qu’une approche durable peut réduire les coûts.
Q : Faut-il passer au virtuel pour réduire son empreinte carbone ?
R : Le format hybride est souvent la meilleure solution. Il permet de réduire les déplacements tout en conservant les interactions physiques. Les événements virtuels peuvent réduire l’empreinte carbone de 99 %, mais ils ne remplacent pas totalement le contact humain.
Q : Comment financer la transition bas carbone ?
R : La transition peut générer des économies (réduction des déchets, optimisation logistique). De plus, de nombreux dispositifs d’aide existent (subventions, crédits d’impôt). Enfin, une démarche RSE peut attirer des sponsors et des partenaires sensibles à ces enjeux.
Q : Quels sont les premiers gestes simples à mettre en œuvre ?
R : Commencez par éliminer les plastiques à usage unique, numérisez vos supports, choisissez un lieu accessible en transports en commun, et proposez une restauration locale et de saison.
🎯 Votre trajectoire, votre avenir
Définir une trajectoire de réduction des émissions de GES sur 3 à 5 ans n’est pas un exercice de style : c’est un acte fondateur pour l’avenir de votre salon professionnel. C’est l’occasion de repenser en profondeur votre modèle, d’innover, de fédérer vos équipes et vos partenaires autour d’un projet porteur de sens.
Je suis convaincu que les salons professionnels ont un rôle majeur à jouer dans la transition écologique. Par leur capacité à rassembler, à inspirer et à faire émerger des solutions, ils sont des catalyseurs de changement. En adoptant une trajectoire de réduction des GES ambitieuse, vous ne vous contentez pas de réduire votre empreinte carbone : vous participez à la construction d’un secteur plus responsable, plus résilient et plus attractif.
Alors, oui, le chemin est exigeant. Il faudra des investissements, des remises en question, des adaptations. Mais la récompense est à la hauteur de l’effort : un salon qui attire, qui fidélise, qui inspire, et qui dure. Comme le montre l’exemple des salons professionnels les plus avancés, la décarbonation est un vecteur de performance économique et de différenciation concurrentielle.
Et puis, avouons-le, il y a une certaine fierté à pouvoir dire : « Notre salon, il est pas seulement le meilleur dans son domaine, il est aussi le plus vert ! » Parce qu’au fond, la transition écologique, c’est aussi une histoire de sens et de cohérence. C’est l’assurance de regarder ses enfants dans les yeux et de leur dire : « J’ai fait de mon mieux. »
« Le salon qui carbure au vert, c’est celui qui a de l’avenir ! » 🌱
Alors, prêt à tracer votre trajectoire de réduction des émissions ? Je vous accompagne, mais le premier pas, c’est à vous de le faire. Et souvenez-vous : chaque kilogramme de CO₂ économisé est une victoire. Alors, à vos marques, prêts, décarbonez !
