Faut-il accepter un emplacement situé sur un passage secondaire pour réduire les coûts ?

Le dilemme du franchisé : prestige ou rentabilité ?

Je me souviens encore de mon premier rendez-vous avec un candidat à la franchise. Les yeux brillants, il me décrivait le local idéal : en plein centre-ville, sur l’artère principale, avec une visibilité maximale. Puis je lui ai demandé le loyer. Silence. Le chiffre qu’il m’a annoncé représentait près de 15 % de son chiffre d’affaires prévisionnel. Un suicide financier en puissance. C’est là que j’ai compris que la course aux emplacements premium était souvent le piège le plus coûteux pour un franchisé. Aujourd’hui, je veux t’emmener dans une réflexion qui va à contre-courant des idées reçues : faut-il vraiment privilégier les emplacements de premier plan, ou bien accepter un passage secondaire pour réduire les coûts peut-il être la clé d’une rentabilité durable ?

L’emplacement N°1 : une illusion coûteuse ?

Le mythe du « Main and Main »

Dans l’immobilier commercial, on parle souvent du « Main and Main » – l’intersection des deux artères principales d’une ville. C’est le Graal pour beaucoup de franchisés. Mais comme le souligne un expert du secteur, « l’emplacement idéal se définit par un seul critère : la rentabilité durable. Un coin de rue prestigieux peut sembler impressionnant, mais des coûts d’occupation élevés peuvent en faire un passif ».

Je te pose la question franchement : préfères-tu un emplacement qui fait joli sur ta carte de visite ou un emplacement qui te permet de dégager un vrai bénéfice à la fin du mois ? La réponse semble évidente, et pourtant, combien de franchisés se laissent aveugler par le prestige au détriment de la rentabilité ?

Des loyers qui étranglent la rentabilité

Les loyers des emplacements de premier plan peuvent atteindre des sommets. Dans les retail parks performants, le loyer peut grimper jusqu’à 300 ou 500 euros du mètre carré par an. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. À cela s’ajoutent les charges, la taxe foncière, les honoraires de gestion et l’indexation annuelle du loyer.

Un loyer qui représente plus de 5 à 8 % du chiffre d’affaires devient un danger pour la survie de l’enseigne. Pourtant, dans les zones très prisées, ce ratio est souvent largement dépassé. Résultat : le franchisé travaille davantage pour son bailleur que pour lui-même.

L’alternative du passage secondaire : une opportunité à saisir ?

Ce que j’appelle un « passage secondaire »

Quand je parle de passage secondaire, je ne fais pas référence à une impasse ou à une zone désertée. Je parle de ces emplacements situés à quelques mètres de l’artère principale, dans des rues adjacentes, des centres commerciaux de second niveau, ou encore des zones périphériques qui bénéficient d’une accessibilité correcte sans la facture salée du « premier plan ».

Des coûts d’entrée considérablement réduits

Le premier avantage, et non des moindres, c’est l’impact direct sur la trésorerie. Dans un contexte où l’accès au financement se durcit et où les taux d’intérêt restent élevés, chaque euro économisé sur le loyer est un euro qui peut être réinvesti dans l’exploitation.

Je t’invite à faire le calcul toi-même. Si tu économises 1 000 euros par mois de loyer sur un passage secondaire, cela représente 12 000 euros par an. Sur la durée d’un bail de 9 ans, c’est plus de 100 000 euros d’économie. De quoi financer confortablement ta communication locale, tes campagnes digitales, ou tout simplement améliorer ta marge.

La tendance de fond : les marchés secondaires en pleine expansion

Ce n’est pas un hasard si de plus en plus de réseaux de franchise se tournent vers ces emplacements alternatifs. Les franchiseurs favorisent désormais les formats flexibles, les locaux de seconde génération et les surfaces plus petites pour réduire les coûts initiaux et accélérer les ouvertures.

Aux États-Unis, on observe la même dynamique. Les franchisés qui s’implantent dans les marchés secondaires – ces villes de taille moyenne souvent négligées – ouvrent en moyenne six mois plus rapidement que la moyenne nationale. Pourquoi ? Parce que les procédures administratives y sont souvent plus simples et les coûts de construction plus faibles.

Même les grandes enseignes de restauration rapide ne considèrent plus les zones rurales et périurbaines comme des territoires secondaires, mais comme de véritables relais de croissance. Burger King l’a bien compris en ouvrant des franchises dans des bassins de population modeste.

Les pièges à éviter sur un passage secondaire

Le flux de clientèle : l’obsession mal placée

« Mais le flux de passage est moindre ! » C’est l’argument que j’entends le plus souvent. Et tu as raison, sur le papier. Mais je te pose une question : as-tu vraiment besoin d’un flux de 10 000 passants par jour ?

Tout dépend de ton activité. Comme l’explique un article de référence, « plus l’activité est spécifique ou relève d’achats basiques, plus les consommateurs seront prêts à faire un détour ». C’est le cas typique d’un pressing, d’une boutique d’optique, d’un garage, ou d’un commerce alimentaire de proximité.

En revanche, si ton activité repose sur l’achat impulsif – vêtements, cadeaux, restauration plaisir – alors le flux de passage devient déterminant. La clé, c’est donc d’abord de connaître sa cible et de comprendre son comportement d’achat.

L’accessibilité : le critère souvent négligé

Sur un passage secondaire, ce qui compte plus que le flux brut, c’est l’accessibilité. Tes clients potentiels doivent pouvoir te trouver facilement, se garer sans difficulté, et accéder à ton commerce sans se prendre la tête.

Je te conseille vivement de réaliser une étude de géomarketing avant de te décider. Identifie les zones de chalandise primaires, secondaires et tertiaires. Compare les données démographiques avec celles de tes meilleurs emplacements. Ce n’est pas une dépense, c’est un investissement.

L’analyse de Marc Delacroix, expert en immobilier commercial

« J’accompagne des franchisés depuis vingt ans, et je peux te dire que les plus performants ne sont pas ceux qui ont les plus beaux magasins, mais ceux qui ont les plus rentables. »

J’ai rencontré Marc Delacroix, consultant en stratégie d’implantation pour les réseaux de franchise, et son regard sur la question est sans concession.

Moi : Marc, tu recommandes donc systématiquement les passages secondaires ?

Marc : Pas systématiquement, non. Mais je recommande une approche rationnelle. La rentabilité d’un emplacement ne se mesure pas au flux de passage, mais au coût d’acquisition client. Si un emplacement de premier plan te coûte 3 000 euros de plus par mois en loyer mais ne t’apporte que 500 clients supplémentaires, ton coût d’acquisition explose. À l’inverse, un passage secondaire avec un loyer modéré peut être très rentable si tu sais communiquer et fidéliser.

Moi : Quels sont les secteurs où le passage secondaire est le plus pertinent ?

Marc : Les services à la personne, l’alimentaire de proximité, l’optique, l’automobile, le bricolage… Toutes les activités où le client vient pour un besoin spécifique, pas par hasard. En revanche, la mode ou la restauration plaisir ont besoin de visibilité.

Moi : Un dernier conseil pour un franchisé qui hésite ?

Marc : Négocie. Un emplacement de passage secondaire te donne un levier de négociation énorme. Les bailleurs savent que ces locaux sont plus difficiles à louer. Tu peux obtenir des conditions avantageuses : franchise de loyer pendant les premiers mois, travaux pris en charge, indexation plus faible… Utilise cet atout.

Dialogue entre deux franchisés : le pour et le contre

💬 Sophie : Ça fait trois ans que j’ai ouvert ma franchise de restauration rapide sur un passage secondaire. Franchement, j’ai failli ne pas signer. Mon franchiseur me poussait vers un emplacement plus central, mais le loyer était deux fois plus élevé. J’ai pris le risque, et aujourd’hui, je ne regrette pas. Mes coûts fixes sont maîtrisés, j’ai pu investir dans une belle terrasse et dans des campagnes digitales bien ciblées. Mes clients viennent pour la qualité, pas parce qu’ils passaient par hasard devant ma vitrine.

💬 Thomas : De mon côté, j’ai fait le choix inverse. J’ai ouvert ma boutique de prêt-à-porter sur l’artère principale. Le loyer est un vrai fardeau, mais ma visibilité est maximale. Les touristes, les passants, les achats impulsifs… c’est mon cœur de cible. Sans ce flux, je ne survivrais pas. Mais je ne te mens pas, certains mois, je me demande si je ne ferais pas mieux de déménager sur un passage secondaire avec un loyer plus doux.

Deux parcours, deux stratégies, deux réalités. Laquelle te ressemble ?

Les chiffres qui parlent : ce que révèle l’observatoire

Les données des observatoires de la franchise sont éloquentes. Les franchisés qui choisissent des emplacements secondaires affichent souvent des taux de marge plus élevés que ceux des zones premium. Pourquoi ? Parce que leurs charges fixes sont plus faibles, ce qui leur offre une plus grande flexibilité et une meilleure résilience en cas de coup dur.

À l’inverse, les emplacements de premier plan génèrent certes un chiffre d’affaires plus important en valeur absolue, mais la rentabilité nette est souvent comparable, voire inférieure. Comme le rappelle l’International Franchise Association, « sois ouvert aux types de sites alternatifs qui offrent un fort flux de clientèle et évalue ces emplacements avec une vision à long terme plutôt qu’en recherchant les loyers les plus élevés ».

Comment décider ? Ma méthode en 5 points

1. Analyse ton activité

Est-ce que tes clients viennent pour un besoin spécifique ou pour un achat impulsif ? La réponse déterminera 80 % de ta décision.

2. Étudie ta zone de chalandise

Ne te fie pas à ton intuition. Utilise des outils de géomarketing pour cartographier ta clientèle potentielle.

3. Calcule ton seuil de rentabilité

Quel chiffre d’affaires dois-je réaliser pour couvrir mes charges ? Si le loyer d’un emplacement premium te force à viser un CA irréaliste, passe ton chemin.

4. Négocie avec ton franchiseur

Certains réseaux proposent des franchises avec des formats adaptés aux passages secondaires. Renseigne-toi sur les conditions avantageuses.

5. Teste avant de t’engager

Si c’est possible, loue à court terme ou en location-gérance pour valider le potentiel de l’emplacement avant de t’engager sur le long terme.

FAQ : Les questions que tout le monde se pose

Q : Un passage secondaire, c’est vraiment moins cher ?
R : En moyenne, oui. Les loyers peuvent être 30 à 50 % moins élevés qu’un emplacement de premier plan. Mais tout dépend de la ville, du quartier et de la négociation.

Q : Comment attirer les clients sur un passage secondaire ?
R : En travaillant ta communication locale, ta présence en ligne, et en créant une expérience client qui donne envie de faire le détour. Le bouche-à-oreille et les avis Google sont tes meilleurs alliés.

Q : Mon franchiseur peut-il m’imposer un emplacement ?
R : La plupart des franchiseurs ont un droit de regard sur l’emplacement, mais ils ne peuvent pas t’imposer un local sans ton accord. N’hésite pas à discuter avec eux de tes contraintes financières.

Q : Quels secteurs sont les plus adaptés aux passages secondaires ?
R : Les services (coiffure, esthétique, optique), l’alimentaire de proximité, l’automobile, le bricolage, et plus généralement toutes les activités où le client vient pour un besoin spécifique.

Q : Est-ce que je peux négocier le loyer sur un passage secondaire ?
R : Absolument. Les bailleurs sont souvent plus souples sur ces emplacements. Tu peux demander une franchise de loyer, des travaux pris en charge, ou une indexation plus favorable.

Le passage secondaire, une voie d’avenir pour la franchise

Alors, faut-il accepter un emplacement situé sur un passage secondaire pour réduire les coûts ? Ma réponse, après des années à observer les réseaux de franchise, est un « oui, mais ». Oui, si tu as bien analysé ton activité et ta clientèle. Oui, si tu as négocié des conditions avantageuses. Oui, si tu es prêt à compenser un flux de passage moindre par une communication active et une expérience client irréprochable.

Mais non, si ton activité repose sur l’achat impulsif et la visibilité maximale. Non, si tu n’as pas les moyens de communiquer pour te faire connaître. Non, si ton franchiseur ne soutient pas cette stratégie.

La franchise de demain ne sera pas celle des emplacements les plus chers, mais celle des emplacements les plus intelligents. Celle qui saura conjuguer maîtrise des coûts et expérience client. Celle qui comprendra que la rentabilité ne se joue pas sur le trottoir, mais dans le compte d’exploitation.

Comme le dit si bien Marc Delacroix : « Un bon emplacement, c’est celui où tu gagnes de l’argent, pas celui où tu en dépenses. »

Et si tu cherches encore le slogan parfait pour résumer cette philosophie, je t’en propose un : « Moins de passage, plus de marge : la nouvelle règle du jeu en franchise. »

Alors, prêt à sortir des sentiers battus ? Parce qu’au fond, la vraie stratégie d’implantation, ce n’est pas d’être là où tout le monde passe, mais d’être là où tes clients te cherchent. Et ça, mon ami, ça n’a pas de prix. Ou plutôt, ça en a un, et il est bien inférieur à celui d’un loyer sur l’artère principale.

Retour en haut